Ces moments où nos vies s’arrêtent en même temps

En 2009 les assidus de ce blogue se rappellent un exercice de journal personnel original : se décrire comme on se rappelle lors du massacre de la polytechnique, le 11 septembre 2001, et aujourd’hui. Un exercice pour regarder nos vies, voir si on va ou pas dans une trajectoire qui nous rend heureux.

J’ambitionne toujours d’en faire un petit livre, ce qui demande un éventail de témoignage, alors je vous propose de profiter de ce 10ème anniversaire pour y déposer vos histoires, parce que les vivants vivent avec les cicatrices des morts qui nous ont touchés…

ex:

Maame Chose dit :
10 décembre 2009 à 9:26 (Modifier)

Poly : Étudiante à l’université de Montréal, travailleuse à temps partiel chez MasterCard. Mon frère était dans la classe où Lépine est entré, sa blonde de l’époque a été blessée à l’épaule. Souvenir le plus percutant : quand mon frère est arrivé le soir avec les souliers de sa blonde qui avait erré parmi les victimes avant l’arrivée des secours – comme si elle avait marché dans la bouette mais de la bouette rouge. Avec des mottons roses.

11 sept. 2001 : Dernière journée d’une job que je ne pouvais plus supporter! L’innocente du bureau qui arrive et nous dit qu’il y avait eu un accident d’avion grave à New-York, peut-être terroriste. Personne ne l’a crue mais en vérifiant sur Internet, on était toutes bouche bée. Le soir, je n’ai pas voulu prendre le métro toute seule.

Maintenant : 40 ans. Une magnifique fille de 2 ans qui fait ma joie et ma fierté. Au lendemain d’une rupture avec quelqu’un qui aurait pu me rendre heureuse. Nouveau travail en 2010… après 20 ans avec le même employeur. En forme de corps et l’esprit vif. Un peu blessée par l’amour mais encore pleine d’espoir de trouver Mr Right.

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15 commentaires à “Ces moments où nos vies s’arrêtent en même temps”

  1. 11 septembre 2001

    J’avais 16 ans à l’époque et j’étais en secondaire 4. Moi et mes amies avions décidé de faire encore l’école buissonnière pour aller entre autres fumer des cigarettes en toute liberté chez une amie dont les parents travaillaient. Personne pour nous surprendre, nous avions toute la journée devant nous! Nous étions rassemblées dans le salon, la télévision était allumée mais sans que nous y portions une attention particulière jusqu’au temps où la lumière éclatante du feu ne détourne nos regards.Ça nous as pris plusieurs minutes pour comprendre que ce n’était pas un film, mais bien la réalité. Nous avons toutes éclaté en sanglot et avons cherché à appeler nos parents. Au diable les réprimandes pour avoir « foxé », nous avions besoin de réconfort et surtout de savoir que nos proches étaient en sécurité. Bien que la tragédie se passait loin de notre chez-nous, nous avions une forte impression de vulnérabilité. Plus tard cet après-midi là, nous sommes retournés à l’école pour demander pardon à nos professeurs et au directeur, mais les cours avaient été suspendus pour le reste de la journée.

    L’histoire ne s’arrête pas là pour moi puisque mes parents étaient à ce moment précis à la frontière du Pakistan et de la Chine. J’ai reçu leur appel seulement 2 jours plus tard. Inutile de vous dire à quel point j’étais rongée par l’anxiété. Une anxiété qui refait surface chaque fois que mes parents quitte pour l’étranger. Je dois retenir mes larmes à tout coup.

  2. Pierre Olivier Lepage dit :

    Poly: J’avais 4 ans. Je ne me souviens pas. J’étais seul avec ma mère. Mon père était en voyage pour le travail… à Montréal. J’ai grandi en sachant que l’évènement existait, mais je n’y ai pas été confronté avant de voir le film de Denis Villeneuve. Je suis sorti de la salle de cinéma et j’ai marché jusqu’à mon appartement avec ma copine dans le silence. Choqué. Et heureux de n’avoir pas eu à vivre la tragédie « pour vrai ».

    11 septembre 2001: Dans un cours d’anglais en secondaire 5. Le suppléant nous annonce sans cérémonie, juste avant la fin de la classe, qu’un kamikaze a envoyé un avion dans le World Trade Center. Il a fallu que je vois l’image à la télé pour réaliser, pour m’enlever l’image d’un Zéro japonnais qui fonce sur un porte-avion. Je n’ai jamais été aussi près de la guerre, et je n’ai jamais eu aussi peur de la guerre. Pourtant, mon cœur de p’tit con de 16 ans était surtout déçu de perdre son voyage de finissant à New York.

    11 septembre 2011: J’ai 26 ans. Il y a bientôt quatre ans que je suis avec ma copine, celle avec qui j’ai « vécu » Polytechnique. On partage un appartement depuis un an et demi. On parle de maison et de bébés. Je gagne ma vie en faisant des jeux vidéos et je garde mon cœur d’enfant. Comme mes parents croyaient au milieu des années 80 que tout irait bien pour moi même si tout le monde leur disait que ma génération aurait jamais de job, j’ai espoir que mes enfants pourront vivre libres de la terreur et libres tout court.

  3. Olivier Bruel dit :

    Décembre 1989 : J’ai 23 ans et je vis à Paris où les festivités du bicentenaire de la Révolution achèvent. Je fais ma dernière année d’études au Arts Décos, ça consiste essentiellement à hanter les bibliothèques pour écrire mon mémoire. Je suis conscient d’être dans ma dernière ligne droite avant la vie active et j’ai hâte. En attendant l’émancipation complète, je partage l’ex-appartement familial avec mon frère, sa femme et sa fille. La télé et les journaux français ont probablement mentionné le drame de Polytechnique mais je ne regarde pas la télé et je ne lis pas les journaux.

    11 septembre 2001 : 35 ans, travailleur autonome à Montréal et chercheur d’emploi fauché, père d’une fillette de 5 ans et fraîchement séparé. Vers 9 h du matin, je vois une photo de la première tour en flamme, sur Cyberpresse. Je lis l’article avec curiosité. Un peu plus tard, une cliente que j’appelle pour un suivi m’apprend qu’un deuxième avion a suivi. Sur le coup, je ne comprends pas. Puis j’allume la télé. Elle restera allumée jusqu’au soir. Quelque chose a changé.

    Aujourd’hui, 45 ans, en couple, travailleur autonome enfin rentable. Heureux mais pas particulièrement optimiste. L’impression qu’on vit une époque de fous et que ça ne pourra pas durer comme ça éternellement. Je pourfends les dogmes religieux et idéologiques, poisons collectifs. Mais au moins, mon cheminement m’a apporté une maturité appréciable. Enfin, je trouve.

  4. Poly:
    J’ai 7 ans et demi (les demis sont importantes à cet âge). Je suis grand frère depuis à peine 7 mois. :P Je suis aucunement conscient de la tragédie et, de ce que je me souvienne, j’anticipe grandement Noël comme à toutes les années. Déjà à l’époque, ce n’est pas autant pour les cadeaux que pour tout ce qui entoure la fête : la bouffe, mes parents en congés, la visite de ma grand-maman, les lumières et Ciné-cadeau! :P

    11 septembre :
    Je suis au cégep en arts plastique et emballeur au Provigo Repentigny. J’suis le genre d’ado intelligent mais trop rêveur. J’ai beaucoup de difficultés avec l’autorité et les directives ridicules aux boulots et à l’école. Je « butch » mon école et mon travail en me disant que plus tard je finirai bien par trouver quelque chose qui me branche et que là, je me donnerai à fond! Je ne veux rien savoir d’une famille. J’ai une grande tendance à devenir matérialiste et futur carriériste. Je ne veux pas d’enfants car, je cite : « ça coûte trop cher et demande trop de temps. Je veux une foutue belle maison et une voiture géniale! ».

    Maintenant :
    J’ai 29 ans. En couple depuis 6 ans dans une relation plus que saine, je suis père d’une petite fille d’un peu plus d’un an. En février prochain, je serai père d’un autre enfant. Dans un mois, on s’établira dans notre première maison. Petite, chaleureuse, modeste mais très jolie. J’ai comme voiture une Caliber usagée que j’ai dû m’acheter par obligation… Infographe depuis bientôt 7 ans pour une entreprise que j’apprécie beaucoup, je commence un certificat en pub pour faire passer ma carrière à un autre niveau. Ma priorité de vie maintenant : ma famille.

  5. Claude dit :

    11 septembre…
    Au moment de l`attaque j`étais encore dans l`avion de retour de Calirfornie, je revenais d`un sejour de 4 mois, y ayant travaillé avec des amis pendant l`été, je crois que nous étions le dernier avion a avoir le droit de se poser a Dorval cette journée. J`ai pris conscience qu`il y avait quelque chose de grave en voyant les tours en feu a la télévision d`un resto-bar en traversant le couloir a mon arrivée, mes parents mon apris le drame immédiatement, je dois dire qu`ils étaient un peu inquiets. A mon retour a la maison j`ai communiqué avec mes amis aux É-U pour savoir comment ils allaient et s`ils connaissaient des personnes qui travaillaient au WTC. J`ai passé les 2 jours suivant a regarder le drame a la télévision, l`année suivante je suis retourné travaillé avec mes amis en Californie mais nous avons aussi eu un cours séjour de 3 jrs a N-Y pour un contrat et nous sommes allez nous recueillir sur le site, c`était tres émotif, je ne vais jamais oublier cet instant.

  6. La Blonde De Jordan Chénard dit :

    Massacre de la Poly :
    J’avais 5 ans et fréquentais la maternelle. À ce moment, je me trouvais dans le Cimetière Côte-des-neiges, tout juste derrière la Polytechnique pour l’enterrement de mon grand-papa paternel. Ma maman avait alors du se faire escorter par la police car elle s’était perdue dans le cimetière et ne savions plus où se trouvait le cortège… à ce moment, la police recevait des appels radios pour du renfort… Le souvenir marquant : premier enterrement auquel j’assistais de ma courte existence et j’ai dû expliquer ce qu’était la mort à mes camarades de la maternelle à mon retour en classe à la demande d’une suppléante «niaiseuse », ce qui m’a quelque peu troublée!

    11 Septembre 2001 :
    Je venais de faire mon entrée au CÉGEP et de quitter le nid familial depuis quelques semaines. Puisque tout le monde en parlait au CÉGEP, je suis retournée à mon appartement des résidences pour écouter la TV en matinée. L’après-midi, plusieurs profs ont donné congé à leurs étudiants pour suivre le tout en direct… pour ma part, nous en avons discuté longuement dans le cours. Une alerte à la bombe avait été faite à Trois-Rivières, je dois dire que je m’ennuyais de ma mère à ce moment!! Je souffrais aussi d’une grosse peine d’amour qui a eu des répercussions sur ma vie pendant plusieurs années.

    Maintenant :
    À 27 ans, je suis bachelière et j’occupe un poste de fonctionnaire fédérale depuis plus de 3 ans. Je suis maintenant dans une relation de couple saine avec mon conjoint depuis près de 6 ans! Nous avons une fille qui a un peu plus d’un an et sommes en attente d’un deuxième enfant. Nous venons de nous acheter une belle maison!! Bref, je suis très heureuse de la vie que je mène actuellement!

  7. mel dit :

    11-09-01 : J’ai 24 ans. Je commence une maîtrise en littératures, j’ai une job platte dans une pharmacie de Limoilou. Je vis avec un gars qui fait ses p’tites affaires de son bord sans trop me déranger. Un jeune vieux couple. Dans le même immeuble, sous notre appart, vivent mon meilleur ami et sa blonde. Je regarde la télé avant d’aller travailler ce matin là. Les mêmes images à répétition. Je suis seule et je ne réalise pas vraiment ce qui se passe. C’est comme irréel. C’est en arrivant à la pharmacie, où tous les clients ne me parlent que de ça, que je comprends pourquoi le journaliste répétait que cette journée allait changer la face du monde.
    11-09-11 : Je travaille depuis 8 ans pour des centres de recherche en littérature, ce qui fait que je n’ai toujours pas quitté le pavillon où j’étudiais il y a 10 ans. La tragédie de New York me touche 1000 fois plus aujourd’hui qu’à l’époque. Voir tous ces gens pleurer leurs proches, imaginer la détresse des témoins et victimes… c’est beaucoup plus réel pour moi aujourd’hui qu’alors. Faut dire que je suis enceinte, pas mal enceinte. Du gars qui habitait en dessous de chez moi à l’époque. Il me fait rire chaque jour, il a un beau garçon. On aime notre boulot, on attend impatiemment la petite, on vit dans une belle maison entourée d’arbres : on est heureux (malgré les rush d’hormones). Et je n’arrive pas à croire que ça fait déjà 10 ans.

  8. Madame Chose dit :

    Le temps passe tellement vite… maintenant 42 ans, Fifille a presque 4 ans… et Mr Right a croisé mon chemin depuis maintenant plus d’un an.
    Comme Mel écrit, je n’arrive pas à croire que ça fait déjà 10 ans!

  9. Chris dit :

    Décembre 1989 :
    Trois jours de salon funéraire car grand-papa a passé l’arme à gauche juste à temps pour ignorer le carnage qui va se produire. Ce sont les visiteurs qui nous racontent autant de versions de l’événement. Ce ne sont que quatorze morts de plus après tout. Mon mort est bien plus important. Je ne sais pas où c’est la polytechnique. J’ai 12 ans.

    Septembre 2001 :
    Fraichement bachelier, hautement politisé. J’ai une entrevue au centre-ville pour un premier job. Ma mère m’appelle : «Il vient de se passer quelque chose de grave…».
    Je le savais! L’Ordre Mondial devait basculer, c’était écrit dans le ciel. Le choc des idéologies a enfin eu raison de la tempérance. Dis-moi maman, où est-ce que ça a pété? En Corée? Pas le duo Palestine/Israël? Trop prévisible! Je sais, le Cachemire!
    «… à New York». À New York City, dans l’État de New York, aux États-Unis d’Amérique.
    Le combiné retombe subitement. J’ouvre la télé et m’écrase sur le sofa. Des innocents se jettent d’une tour qui s’effondrera dans la minute. Je pleure abondamment, seul. J’ai 24 ans.

    Aujourd’hui :
    J’ai laissé tomber la politique, j’ai abandonné mes drapeaux. J’ai une épouse merveilleuse, un job plus que convenable et une richesse matérielle non négligeable. Je crains le jour où ma fille tombera sur la photo de Marc Lépine ou l’image d’un gratte-ciel perdu dans une boule de feu et me demandera «Pourquoi, papa?». À ce moment, dépourvu, je redeviendrai cet espiègle de 12 ans qui aura ignoré la boucherie, l’effronté futé de 24 ans qui aura eu tout faux, et tenterai de bafouiller une explication.
    Petit cœur, la haine, la colère et la cruauté sont des sentiments qui s’expriment aveuglément. Certains hommes te détestent, aujourd’hui, sans même te connaître. Et ils feront tout ce qu’ils peuvent pour t’anéantir, toi, mon adorée, ma Toute-belle.
    «Et pourquoi tu pleures, papa?»
    Parce que j’ai 34 ans et que je t’aime.

  10. Martin Petit dit :

    merci Christian…très généreux et inspiré témoignage…prenant de vérité.

  11. Josée Beaudoin dit :

    Le 11 septembre 2001, j’ai vraiment tout manqué. J’ai manqué les 747 reprises de l’avion qui s’écrase en pleine télé, j’ai loupé les 322 gros plans de larmes qui coulent au ralenti et je n’ai vu personne sauter sans filet. Parlez-moi d’une déveine.

    Le 11 septembre 2001, je nageais en pleine Mélodie du bonheur, sifflotant Edelweiss et sirotant ma bière au pied des alpes autrichiennes. Pas de télé, pas de radio, pas de fin du monde. Juste une petite tête qui n’a rien sur la conscience et qui n’a conscience de rien. Pas de méchants, pas de turbans, pas de colis piégés. Juste un gros sac à dos bleu rempli d’insouciance et de bobettes roulées en boules. Dans ma tête, seuls mes cheveux étaient en bataille et, là où je me tenais, les kamikazes se buvaient d’un trait. Et on en redemandait.

    Le soir venu, l’horreur m’a toutefois rattrapée. J’ai vu des scènes désolantes, des corps ravagés, l’eau qui ruisselle. On attaquait mes valeurs sans la moindre pudeur. Nue et dépossédée, je constatais les affres d’une bien triste réalité : la cellulite est un véritable fléau mondial.

    Le 11 septembre 2001, j’ai prié pour que des portes soient érigées dans les douches des auberges de jeunesse du monde entier.

    Aujourd’hui, dix ans plus tard, je connecte avec l’Histoire, mais toujours avec cette impression d’avoir manqué le début. Le 11 septembre 2001, j’étais heureuse. Veuillez m’en excuser.

    Je suis maintenant la maman couveuse d’une fillette de 4 ans. Je sais que je ne pourrai pas tout lui épargner, mais j’espère que le jour où la terre s’arrêtera à nouveau de tourner, elle nagera quelque part en pleine mélodie du bonheur et qu’elle priera pour des futilités. Elle a toute la vie pour découvrir que les amis ne sont pas tous gentils. Le plus tard le mieux.

  12. LyneG dit :

    6 décembre 1989: J’ai 28 ans, mariée depuis 2 ans, je pense sérieusement à retourner aux études par les soirs pour terminer mon bach en administration. Il tombe une belle neige fine sur la ville et c’est journée de fête! Je prépare un beau souper d’anniversaire à mon homme qui tarde à arriver. Ben voyons, qu’est-ce qui fait… pas de cellulaire pour me rassurer. Je m’installe devant la télé en attendant et c’est au bulletin de nouvelle que j’apprends l’horreur qui se déroule à la Polytechnique. Soulagement, mon mari arrive enfin… problème de circulation! Il est venu s’asseoir à mes côtés et nous sommes restés blottit l’un contre l’autre toute la soirée… juste heureux d’être ensemble. Nous n’avions pas le coeur à la fête et le souper d’anniversaire est resté en plan!

    11 septembre 2001: J’ai 40 ans, conjointe de fait depuis 5 ans, bachelière en administration et je viens d’aménager une nouvelle maison depuis 10 jours; on est dans le bardas! Il fait très beau et je suis au bureau lorsque ma mère m’appelle pour m’annoncer que 2 avions viennent de frapper les tours jumelles du World Trade Center. J’ouvre la radio mais ce n’est pas assez… trop abstrait! Mes collègues et moi traversons en face à la Cage aux Sports… on s’informe sur écrans géants mais s’en est trop… trop réel. À 10h30 on commandait notre premier pichet de bière, non pas pour célébrer mais plutôt parce qu’on croyait à une fin du monde éminente!

    11 septembre 2011: J’ai 50 ans, toujours avec le même conjoint et la même maison. Finalement la fin du monde n’était pas pour tout le monde. La personne avec qui j’ai vécu les moments de la Polytechnique et la personne qui m’a annoncé le drame du World Trade Center ne sont plus de ce monde. Aujourd’hui, je célèbre la vie à tous les jours… on ne sait jamais!

  13. Caroline dit :

    6 décembre 1989 : Je n’ai que quelques mois. J’ai  »vécu » polythecnique avec le film. Plus de trois semaines à en parler avec des amis à l’université. À discuter de ce qu’on devrait faire si ça arrivait, de ce qu’on pourrait faire. Je suis allée voir le film avec mon copain et une amie. Elle n’a pas apprécié, trouvant que ce n’était pas nécessaire de nous replonger dans ces moments. Moi, au contraire, je trouvais cela nécessaire. Je n’ai pas vécu polythecnique, mais je ne veux surtout pas l’oublier.

    11 septembre 2011 : Je suis dans un cours de français, secondaire 1. J’ai 12 ans. Le directeur fait l’annonce de la tragédie à l’intercom. Mon enseignant arrête le cours, nous propose de discuter. Plusieurs élèves clament la vengeance immédiate. À mon tour de parole, je m’inquiète de la sentence qui tombe facilement contre les arabes. Quelles sont les preuves ? Et si preuves il y a, on doit les condamner sur ce qu’ils ont fait, pas pour ce qu’ils sont ; arabes.

    30 septembre 2011 : En vieillissant, j’ai compris que tout comme mes camarades de classe de 12 et 13 ans, le Monde a décidé de condamner les terroristes de 11 septembrre pour ce qu’ils étaient plutôt que sur ce qu’ils ont fait. J’ai 22 ans, je viens de terminer mes études en droit. Je suis avec mon copain depuis près de 7 ans. J’ai vécu polythecnique le film avec lui, je vis les secousses du 11 septembre avec lui, je discute de mes inquiétudes, de mon incompréhension avec lui.
    Mais plus que tout, je vis avec lui chaque moment en ne rêvant pas d’un avenir meilleur, mais en travaillant pour un présent heureux.

  14. MmeCornue dit :

    Je me suis relue, c’est drôle quand même déjà deux ans. J’adore toujours autant te visiter :)

  15. Stéphane dit :

    Décembre 1989:
    Je termine une 3e session de maîtrise à temps partiel à Polytechnique. La veille de la tuerie, à la même heure, j’étais dans la cafétéria ou tout à commencé. Le hasard à fait que mon cours était une soirée différente; autrement j’aurais été aux premières loges. À l’annonce de l’événement, je revenais chez moi après une journée de travail. Incrédulité; cet endroit me parait si familier qu’il semble impossible qu’il puisse s’y passer quelque chose de la sorte. Inutile de dire que la fin de session a été plutôt étrange. Période d’examen surréaliste. Un peu l’impression de marcher dans un cimetière ou tout le monde observe tout le monde.

    Janvier 1994:
    Je viens de survivre, sans égratignures, à un accident de la route ou j’aurais bien pu y passer. Grande courbe sur l’autoroute mal déneigée tôt le matin. Grands vents qui forment un banc de neige à angle et invisible de l’autre côté de la courbe. Un camion qui me dépasse. Contact avec le banc de neige impossible à éviter. Dérapage et zig-zag. Le nez de l’auto passe sous la remorque du camion puis se redresse juste à temps pour éviter les roues arrières. Mais pas assez pour éviter le pare-choc. Le devant de l’auto est partiellement arraché et la course se termine sur l’accotement. Le tout à pris moins de 10 secondes. Un ‘close call’ comme on dit. Style Polytechnique. La charrue passe et nettoie toutes les évidences environ 2 minutes avant l’arrivée de la SQ, qui ne croira évidemment pas ma version… Plutôt fâchant mais heureux d’être en vie.

    Septembre 2001:
    J’entreprends tout juste des vacances. Je suis marié et récemment déménagé presque juste derrière chez Martin. Plusieurs années plus tard, nos enfants se côtoieront occasionnellement au parc. On s’y est déjà parlé… bref, un voisin!

    Mais le matin du 11 septembre, je suis en train de me brosser les dents et de prendre la vie aussi tranquillement que possible lorsque ma femme, qui venait d’ouvrir la télévision, me dit de venir voir parce qu’un gratte-ciel de New-York a été percuté par un gros avion. J’ai travaillé longtemps dans le domaine de l’aviation et je crois qu’elle me fait une blague. À moins d’une défaillance technique majeure, c’est très improbable, et encore le pilote aurait tout fait pour éviter ça. Je m’installe devant la télévision au moment de l’arrivée du deuxième avion. Je n’en reviens pas… en direct. Puis c’est l’affaissement. Tous les postes en parle. Les prochains jours de vacances seront essentiellement foutus à regarder la télévision et réaliser que le monde vient de changer spontanément.

    Le monde est fou! Les conséquences ne le seront pas moins. Mais le ‘feeling’ que j’ai le matin du 11 septembre est celui que j’ai eu en janvier 1986 lorsque la navette spatiale Challenger avait explosée au décollage ou lorsque John Lennon a été assassiné. Le temps se fige. Et dire que j’ai déjà été visité le World Trade Center et monté sur le toit. Difficile de croire que ça arrive si ‘proche’, à quelque chose de connu… un peu comme pour Polytechnique.

    Décembre 2011:
    Je viens d’entendre parler de ce blog à la radio après être allé reconduire ma fille (mon petit rayon de soleil) à l’école. Ma première participation à un blog… pas généralement le temps de participer de la sorte. Mais le concept est intéressant. On annonçait ce matin aux nouvelles qu’on vient t’établir qu’il existe une planète avec des propriétés semblables à la Terre à 600 années-lumière d’ici; un petit pas dans l’immensité du voisinage cosmique. Mais aussi tellement loin qu’il est inconcevable de s’y rendre. Pendant ce temps, on s’affaire ici à détruire le seul monde ou l’on puisse vivre. Par inertie, cupidité et hypocrisie. Quelle merveilleuse société!

    Lorsque j’y pense, je suis inquiet pour ma fille. Sera-t-elle assez chanceuse pour passer à travers son éducation sans se faire intimider? Parce qu’il s’agit bien de ‘chance’, comme pour les autres étapes de la vie. Évitera-t-elle les fous armés et les autres tout aussi efficaces à faire déraper la vie? Vivra-t-elle dans un environnement pas trop amoché? Gouverné par des gens visionnaires plutôt qu’une bande de profiteurs nombrilistes sans scrupules? Dans un système ou la justice sera basée sur le gros bon sens, pas juste la loi du plus fort (riche)?

    Elle aura probablement la vie plus dure que moi. Et surtout pour plus longtemps. C’est triste, surtout de ne pas pouvoir prendre une partie du fardeau. En même temps elle aura des opportunités que je n’aurai pas eu. Elle fait partie de la solution, contrairement à bien des gens de ma génération. Elle mérite mieux que ce qu’on va lui léguer. On peut juste espérer, rester vigilant et tenter de faire les ‘bonnes choses’ lorsqu’on a le choix. Ce qui revient à dire d’en prendre moins pour soi et d’en laisser plus pour l’ensemble, pour ce qui compte vraiment. Si tout le monde se le rend, ça devrait bien s’équivaloir en quelque part.

    Alors, vas-y ma belle… regarde devant et continue d’aimer. Se serai avec toi aussi longtemps qu’il me reste.

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