Les hommes d’affaires sont du monde ben ordinaire.
Pendant 2 ans j’ai animé un des encans sociétals les plus lucratifs du Québec. C’était pour l’hôpital St-Justine, excellente cause s’il en est une. C’était un tournoi de golf officié par les vedettes du Québec inc qui partageaient leur swing du dimanche avec des hommes d’affaires de catégorie B (des propriétaires de restaurant de luxe, magasins grandes surfaces, et quelques wannabe milliardaires, et aussi quelques joueurs de hockey. Bref le plus grand rassemblement des fortunes francophones en Amérique.
Autant j’ai animé avec plaisir des encans où on ramassait 2000$ dans la joie, autant j’ai détesté l’exercice d’y vendre pour 150 000$ de lots.
Déjà que je co-animais la 2ème fois avec un précieux minus qui était à l’époque PDG de la SAQ (celui qui s’est fait crisser à la porte pcq il achetait notre vin volontairement trop cher). Ce cher PDG avait pu offrir des lots de Petrus rares pour la bonne cause (à 600-700$ la bouteille c’était les lots les plus accessibles.) Puis on tombait dans le gros stock, balade en jet privé pour aller golfer avec Mario Lemieux pour 8, croisière sur le yatch de l’autre pour 10, 20 000$ une fois, deux fois, vendu.
Deux ans de suite le même spectacle. Personne ne pouvant suivre les Desmarais, les gens regardaient impuissants, incapables. C’était tout de même de longs échanges pour chaque lot, une lente valse entre 2 ou 3 grands argentiers qui allaient de toute façon s’inviter pour golfer en jet où bronzer en yatch. Les joueurs de hockey, les pauvres du groupe, regardaient passer la parade impressionnés.
Moi, grand ignorant du monde merveilleux des primates, je me demandais ce qui clochait dans ce curieux encan. Car il y a quelque chose qui cloche. Il y a un inconfort à regarder seulement 3 milliardaires s’acheter des lots à 30 000$, en rigolant entre eux, poussant un petit 5000$ de plus pour taquiner son voisin de table, « ô pi envoye donc 40 000$ tiens » en s’esclaffant de rire. Ça ne fait progressivement rire personne, ô ça rit, mais ça rit soumis, le même rire que l’employé réserve pour les farces du boss, la salle bondée de chefs d’entreprise se tranforme tranquillement en une salle d’employés désabusés.
Quand seulement 2 ou 3 personnes peuvent participer à un encan, on règle ça en 2 minutes entre le trou 4 et 5, non? « Tu prends le jet je prend le yach on en parle plus. »
Que neni. L’homme est un primate, et non content que sa grosse queue soit visible pour tous, il doit une fois de temps en temps la passer au visage des membres de son clan en guise de domination.
Ainsi moi, l’ultra pauvre (selon leur critère), sous prétexte de financer un hôpital pour enfant, j’aidais à la mise en scène annuelle d’une centaine de riches, regarder d’autres plus riches lancer des 30 ooo$ comme s’ils achetaient des laminés de Duran Duran.
Ce n’était pas le spectacle de la générosité, c’était le simulacre du roi de la montagne version millionnaire. Je le voyais bien de ma tribune, le regard des millionnaires quand les enchères atteignaient parfois les 60 000$, et qu’ils regardaient le plancher pour ne pas que je les achale, ils devaient se sentir pauvres à côté d’un milliardaire comme Desmarais qui gardait sa belle humeur peu importe l’enjeu.
La magnanimité des riches doit être vue, pas par nous, les bas de gamme qui en seraient choqués, mais par les autres riches, pour qu’ils réalisent vraiment qui mène le bal.
Quand je regarde les nouvelles économiques je pense à eux, les crises économiques ne sont pas des bons moments pour se brasser le macaque dans la face des collègues, je me demande si c’est pas ça pour eux le plus chiant dans une crise économque, l’obligation morale de se garder une petite gène…
C’est assez malade. Surtout par exemple, quand on pense que le big boss d’admettons Home Depot s’est donné une prime cette année dans la centaine de millions, mais que l’employé qui lui a donné ses millions est dans des conditions de merde.
Je me console en me disant qu’au moins, leur trip de riche fini au moins dans les poches de l’hopital Sainte-Justine…
Falardeau avait déjà fait un pamphlet sur ce genre de truc, Le temps de bouffons. http://cinemaquebecois.telequebec.tv/#/Films/6/Default.aspx
Je n’ai heureusement jamais eu à vivre ce genre de triste spectacle… L’humour mène quelquefois à des choses qui ne sont vraiment pas drôle.
BTW merci pour le blogroll
Excellente réflexion,
Mais je me demande tout de même si au bout du compte, le principal intéressé(St-Justine), n’en sort pas tout de même gagnant ???
J’avoue que d’être celui qui assiste pantois à ce combat de coq ridicule doit être profondément désolant…
Mais au moins l’argent va à St-Justine…
Merci Martin de nous faire part de cette triste réalité.
C’est le genre d’information à laquelle le commun des mortels devrait avoir accès: les excès d’un système économique où la richesse est mal répartie, et dont une minorité impose sa volonté à la grande majorité.
Il y a quelques jours, Mandy (que je remercie encore!) avait souligné la présence sur certains écrans de cinéma du documentaire « L’encerclement ». Je le conseille vivement à tous ceux qui cherchent à ouvrir leurs yeux sur le triste fonctionnement du monde dans lequel on vit.
Les grandes fortunes de ce monde, aidées par des organismes conçus par elles et des gouvernement qui mangent dans leurs mains, augmentent peu à peu leur emprise sur le monde.
Je redonne le lien sur ce documentaire, vous pourrez y visionner des extraits.
http://encerclement.info/index2.html
C’est vraiment un film à voir, autant pour notre compréhension du monde que pour l’avenir de la démocratie.
Et le pire dans ça c’est que souvent, les lots achetés par ces gens ne sont pas réclamés… qu’en feraient-ils de toute façon, ils ont déjà toutte!
Enfin… c’est pour une très très bonne cause, c’est déjà ça. Mais en même temps, organiser ce tournoi-encan doit coûter des gros bidous, même si les gens sont bénévoles et que les lots ont été donnés…
J’avoue comme Nate Legris que c’est chouette que ce soit Ste-Justine qui empoche le gros lot… mais est-ce que ces très riches personnes qui doivent ce pavaner pour montrer qu’ils ont donné plus; n’auraient-ils pas pu donner plus encore? Et pouquoi est-ce si important de démontrer sa richesse? Pour être acclamé par tous? Si certains dirigeants ont la chance de ce payer des voyages à chaque 2 semaines pour aller prendre un café les pieds dans le sable et envoyer leurs femmes dans des »hopitaux de luxe où on mange que des salades bio »… n’y aurait-il pas mieux vallue donner à un hopital, a une bonne cause l’argent pour qu’ils puissent enfin l’investir dans quelquechose de concret et de plus grand?
Je sais l’argent attire l’argent… et c’est choquant de casser un billet de milles quand on peut le laisser avec les 100 autres dans son portefeuille pour rester le plus riche du moins au dépaneur!
Direct dans le kisser… Excellent billet, aussi grinçant qu’il est juste.
Si jamais tu le refais l’année prochaine part les lots à 1 million de $, ils vont trouver peut être ça moins drôle de se faire relancer et ça va réellemetn aider l’hopital St-Justine lol,…
J’imagine que tu ne seras plus invité à animer ce tournoi là…
Je trouve ca généreux de ta part d’endurer ça pour une bonne cause, je ne suis même pas certaine que la moitié de ses millionaires le ferais, de nos jours ce n’est pas tout le monde qui a le coeur à la bonne place.
Martin ………on pourrait savoir le % qui va réellement à Ste Justine.
et le coût réel d’une soirée comme celle-là ???
Quoi et Qui se paye en premier ???
C’est noble de ta part de faire parti d’un tel Spectacle (pour riche) mais le fairais-tu encore ???
Plus nous parlerons de leur laideur, plus la « richesse matériel » et la glorification de l’ego deviendra secondaire…
L’intelligence n’a rien avoir avec l’homme, ou la pensée. La vraie intelligence, elle nous a créée : elle nous offre les feuilles de l’arbre en été, et toutes les beautés de la nature. L’ego de l’homme, fantasmant devant lui-même, oublie souvent l’essentiel… Il se noie dans un monde matériel, en oubliant d’où vient celui-ci.
L’esprit de l’homme qui court après l’accumulation simplement par plaisir d’accumulation… est guidé par une pulsion de mort. Il est grand temps d’y voir toute la laideur ; aujourd’hui, il y a certains êtres à la gouverne, cravatés, qui ont l’esprit du psychopathe. Certes, ils ne tuent pas directement… mais leurs actions engendrent la faim, et indirectement, la mort. Arrêtons de porter en gloire la démesure dans toute son égoïsme. Être « millionnaire » n’a plus de valeur face aux grands enjeux, et défis auxquels l’humanité fait face. Partageons, car au fond… Il suffit créer une société de partage, et non d’échange inégaux dans l’espoir de faire un profit sur la tête d’autrui.
Fraternité