Dieu donne moi un bon pacing

Voici un billet pour les fans d’humour.

Les galas Juste pour rire présentent depuis 25 ans des dizaines d’humoristes à la suite l’un de l’autre. C’est l’art d’enchaîner des numéros et des artistes complètement différents. Cet art c’est l’art du « pacing ». Les français disent « la conduite », le terme est le « conducteur » mais si vous voulez vous faire comprendre par Gilbert Rozon, dîtes « pacing ».
Le pacing, c’est le mot chinois pour désigner l’ordre des numéros. C’est là que TOUT se joue. Le pacing c’est 95% des discussions de coulisse.

Pourquoi les agents accompagnent leurs artistes en coulisse? Le pacing.

Pourquoi les organisateurs se couchent à 5 heures du matin? Le pacing.

Tractation, négociation, le pacing final d’un gala est moins le résultat de la vision du metteur en scène que la proposition finale d’un jeu de pouvoir complexe. C’est au sujet du « pacing » que se joue les meilleures micro-tragédies comiques du festival. Parce que le « pacing » d’un gala influence énormément la réponse du public.

Par exemple, cette semaine je participais au 3 galas de Lise Dion. Parce que je devais faire mon one-man show dans une autre salle le même soir, j’étais premier dans le pacing. Résultat je rentrais sur scène alors que le public n’était pas réchauffé au maximum. Ma prestation servait donc un peu à chauffer la salle. Puisque que le gala de Lise était présenté 3 fois, et que mon show complet commençait plus tard que prévu, ma gérante à remarquer que mon pacing n’était pas idéal. Négociation, discussion, le 3ème soir, je me retrouve donc 3ème dans le pacing. En arrivant sur scène la salle était plus chaude, j’ai livré le même numéro que les soirs précédents, et au lieu de recevoir des applaudissement nourris à la fin de ma prestation, j’ai obtenu une ovation debout.

Poème cantonais

La différence entre un standing ou pas de standing? Le pacing!

Heureusement notre métier n’est pas une science. Tout le monde qui travaille en humour depuis 3 semaines développe sa petite théorie sur le pacing idéal. Voici donc les théories les plus populaires:

Les premiers seront les derniers

Personne ne veut être le premier humoriste a être présenté dans un gala.  Ce rôle incombe généralement à un humoriste de la relève.  Le pauvre casse la glace, et si il est fragile, il se casse la gueule.  C’est en revenant en coulisse, l’égo froissé, que le jeune humoriste se dit alors : plus jamais au début du pacing !  Pensez à ça quand vous entendrez des humoristes parler de l’importance d’encourager la relève…Ça veut dire que ça prend des petits nouveaux pour se casser les dents à leur place !

Pas dernier non plus

Cela ne veut pas dire que l’endroit idéal est à la fin du gala non plus.  C’est prestigieux d’être le dernier mais c’est aussi dangereux. Car les galas sont longs, et tout le monde connaît la théorie du cerveau et des fesses.  Cette loi millénaire qui veut que le cerveau ne peut pas en prendre plus que le derrière est capable d’en supporter.  D’où l’expression : en avoir plein le cul.  C’est donc difficile d’être le dernier humoriste d’un gala, à moins de pouvoir fournir un coussin extra à 2500 personnes.

Règle numéro 3 : Jamais après Marc Dupré

La deuxième requête de TOUS les humoristes : ne jamais passer après un imitateur. En général, les imitateurs font toujours des hits, même les moins bons obtiennent des ovations debout.  Mais pour un humoriste à texte comme moi, passer après un medley électrique composé des meilleures chansons d’Elvis, ce n’est pas une bonne idée.  C’est comme passer après Brad Pitt dans une session de speed dating.  C’est pourquoi, généralement, le numéro qui suit un imitateur c’est…l’entracte.

Les français

Tous les humoristes veulent passer après un français. Si le français est bon, la salle est chaude mais si le français est mauvais, la salle sera encore plus contente d’accueillir une valeur sûre. Pensez à ça quand vous entendrez des humoristes parler de l’importance de faire des échanges culturels.  Ça veut dire que ça prend des cousins français pour leur passer la puck sur la palette !

Le facteur X

Personne ne veut passer non plus après des gars comme Jean-François Mercier ou Mike Ward, ils sont tellement corrosifs que comparé à eux, on dirait que des Daniel Lemire ou des Pierre Légaré font de l’humour pour enfant.  L’idéal pour passer après des gars comme eux c’est…un français.

Le pacing de gala c’est un sport extrême.  Tout le monde veut le meilleur spot même si personne ne sait exactement où est le meilleur spot, sauf Yvon.  Mystérieusement, Yvon Deschamps est toujours au bon endroit, comme quoi quand on excelle, on éclipse tout ce qui vient avant, comme quoi il suffit d’être brillant pour briller.

15 commentaires to “Dieu donne moi un bon pacing”

  1. Eric Lafreniere dit :

    merci!

  2. dianerythme dit :

    Après ce que je viens de lire et d’apprendre sur ce nouveau mot (que je vais bien certainement me servir pour ma prochaine partie de scrabble)qui est « pacing » et bien je n’ai qu’une chose à dire… « Tu brilles »! Tel une étoile qui fillante dans le ciel, tu brillançinne(qui veut dire briller à partir de ses raçines…HIHIii) Voilà tout simplement mon cher!….Bon festival Martin…xox

  3. Jacques Boucher dit :

    C’est là qu’entre en force le vieille adage (être au bon endroit au bon moment.)

    C’est quand même là qu’on peut reconnaître les grands (Yvon Deschamps qui, comme tu dis es toujours placé au bon pacing) qui savent comment emmener le publique dans leurs univers.

    (La différence entre des applaudissements et un « standing »)
    Pour tes 3 soirs de galas, ton standing du 3e soirs tu l’as obtenue en fournissant le même effort que les 2 soirs précédents ou tu n’as eu que des applaudissements. Ce n’est peut-être pas une question de « pacing » mais de travail. Si tu avais travaillé plus fort les 2 galas précédents tu aurais peut-être obtenue un standing.

    Ceci-dit, j’aime bien ce que tu fais, ce n’est pas un commentaire qui cherche a te cracher dessus. C’est juste que dans ma vision, que ce soit un travail d’humoriste ou un travail de quelques autres métiers, pour de bon résultat il faut travailler fort. (Ce que je viens de d’écrire ne s’applique pas au fonctionnaire).

    Merci de nous divertire.

  4. Chantal dit :

    Merci! Très interessant ce que tu as écris !

  5. Marie-Lune dit :

    Ayoye!! Super intéressant..J’adore connaître ce genre de  »potins » ou de savoir ce qui se passe en coulisse!!! Savoir ce que c’est le Pacing pour moi? Eh! Bien! Plus jamais je ne regarderai les Gala d’humour de la même façon!! Grâce à toi Martin!! Tu es Génial!!!
    Merci pour ton post!!

    À Bientôt ;-)

  6. Dominique dit :

    Et pourtant pour moi tout ce qui vient après un imitateur est un génie puisque c’est tellement pénible de supporter un imitateur plus de 35 secondes. C’est bien le seul métier au monde ou on encourage la copie. Je n’ai aucun plaisir à voir un imitateur, j’ai même souvent des malaises lorsque c’est pas réussi ala Michael Rancourt.

  7. Francine dit :

    C’est la première fois que je viens sur ton blogue.
    J’ai beaucoup apprécié le texte que je viens de lire. J’aime ta façon d’écrire et de jongler les idées.
    Je reviendrai te lire souvent.

  8. Geneviève Piquette dit :

    …Donc, le pacing idéal à chaque soir, c’est de faire passer les Français pendant l’entracte, et Yvon Deschamps à minuit moins quart.

    Yesss ! Fallait y penser !

  9. Martin Robert dit :

    nice merci de nous en apprendre sur les galas juste pour rire.
    mais un vieux routier comme toi on te place ou dans un galas………..

  10. Martin dit :

    @Dianes: tu es ma superwoman positive, si seulement j’avais la moitié de la confiance que tu as en moi…

    @Marie-Lune: trop gentille

    @Dominique: un peu sévère :) mais tu as raison,les mauvais sont imbuvables.

    @MartinRobert: le vieux routier a fait toutes les positions…mais j’aime bien personnellement le milieu de la première partie. Ça évite de devenir spectateur en coulisse
    et de perdre son momentum.

  11. Mlle. Escobar dit :

    :)
    t’es tellement accessicible comme vedétte, Martin.
    Non seulement ton poème en cantonnais est génial-j’aurais aimé l’écrire, mais tu as réussi à rendre un sujet aussi–sorry–banal que l’ordre d’apparition d’humoristes sur scène, très sintéressant.
    Ça frôle l’exploit.

  12. nada dit :

    « tsé quand té comique! »
    C’est vrai qu’Yvon, il est toujours à sa place. C’est mon idole!

  13. Frank dit :

    Maintenant imaginez si vous mettiez pas autant de « filler ». Les galas seraient encore mieux :)

  14. Quand on faisait des shows à chaque cession de l’École Nationale de l’Humour, on attendait toujours avec impatience le résultat… le choix… la consécration: Notre position dans le PACING!

    Personnellement, j’étais pratiquement abonnée à la 2e avant-dernière (?!?), ok la 3e si on commence à partir de la fin. J’amorçais bien la montée finale, parait-il.

    C’était quand même un des moments les plus déchirants… Le jugement de notre metteur en scène, sa lecture de ce qui allait le mieux fonctionner.

    Cela dit… il y a toujours des changements en cours de route!

  15. Karine Alarie dit :

    Salut

    Je m’appelle Karine Alarie.J’ai 25 ans.Je voudrais être humoriste.C’est vous dire je recherche le numéro de téléphone a qui je peut rejoindre à la personne.Je voudrais faire ce métier svp.

    rejoindre Karine Alarie

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