
Je mène une bonne vie.
En terminant mon émission de radio on me propose un billet pour le spectacle des Arcade Fire, un seul. Ma blonde, qui est enceinte jusqu’aux aisselles, me donne sa bénédiction et m’envoie m’amuser tout seul comme un petit en ajustant avec minutie mon plus épais foulard.
J’arrive à Outremont derrière l’ancien Club Soda, au pied de la désormais mythique salle de la fédération ukrainienne. Il fait froid, je fais la file, mais quand c’est pour voir le meilleur band au monde, se les geler solide est un privilège.
Une heure plus tard je suis devant la fille qui tient la guest list, je lui donne mon nom, Poupart, Daniel Poupart. C’est parce que dans le monde ultra-branché-triple-V.I.P. de l’underground musical international mon vrai nom ne vaut rien. Pour avoir accès à la caverne du plaisir, je dois prétendre être un autre, ce que je réussis avec une aisance qui me surprend. Poupart is smooth tonight.
La foule incarne l’authentique branchitude made in montreal, anglo trop maigre, barbu négligé, fucké frais douché, t-shirt rayé, pas de maquillage, tuques, aucun vj de musique plus, bref tout est en place pour un show inoubliable.
Pour une critique du show en détail, si vous insister, je pourrais essayer demain quand j’aurai du temps. Mais je peux dire qu’Arcade Fire s’apprête à exploser sur la scène mondiale avec Neon bible. La bande sonore officielle de l’année 2007. Rien de moins. Ce groupe-là est fait pour jouer dans de gros amphithéâtres, dans la petite salle d’Outremont, ils étaient un peu coincés, trop de poissons rouges dans le bocal, mais des poissons visiblement heureux, ils se sont amusés, et nous aussi.
Je ne doute pas que Neon bible sera le petit frère à succès de The Funeral. Ça parle de désir de liberté, de s’affranchir de nos prisons, corporelles et mentales, thématique puissante et actuelle, bref nos amis nous ont cuisiné une cérémonie musicale d’émancipation par le plaisir.
Le show se termine avec wake up, version unplugged, jouée dans la foule dans une communion parfaite avec le public, moment d’extrême bonheur. Pas besoin de garde du corps quand on est entre amis. Win guide ensuite le public en ouvrant lui-même les portes de la salle qui laissent échapper un épais nuage de condensation de joie dans la tristesse de la nuit outre montoise. Ouf!
Puis les lumières s’allument, je prends mon manteau et met ma tuque, et, comme si rien n’était plus normal, je tombe face à face avec Win le chanteur. Un gars de ma grandeur en plus. Je surmonte ma timidité (je me libère donc de cette prison mentale) et je prends le temps de lui dire que les nouvelles chansons sont excellentes, il me semble vraiment content et me remercie du compliment. Polie, le rock star en plus.
Ce n’est pas pour me vanter, mais je mène vraiment une bonne vie… et Poupart aussi.


